Poêle de masse et amenée d’air : choisir l’installation étanche ou non ?

Publié par Pascal Pierret le

Contexte

Encore récemment, ce sujet a fait l’objet de nombreux échanges parmi nos adhérents. Le débat est alimenté par une réglementation pas homogène dans différents pays et une littérature abondante, pas toujours étayée par les faits, apportant son lot de contradictions.

L’objet de cet article est de tenter de montrer le contexte dans lequel la réglementation a évolué et d’aller vers l’essentiel  pour les professionnels : quelles sont les règles applicables pour les poêles de masse en France ?

Tous les poêles à bois, cuisinères  installés chez nos grand mères  ont toujours  ( ?)  très bien fonctionné  avec un foyer qui prélevait l’air de combustion dans la pièce chauffée.  Cette pratique n’avait pas évolué depuis  la naissance des premiers poêles au moyen âge jusqu’à très récemment.  Ce mode de fonctionnement était tout à fait adapté au bâti ancien, genre « panier percé », puisque l’air comburant consommé par le poêle était renouvelé en permanence et en quantité par l’air se faufilant par tout ce que nous appelons aujourd’hui les « défauts d’étanchéité ».

Pourquoi cela a-t-il changé  et pourquoi ça nous concerne ?

On peut se faire une opinion en regard de quelques chiffres :

  • Un poêle de masse très bien conçu (bien calculé pour assurer un excès d’air optimal et donc un excellent rendement) consommera 10 à 15 m3 d’air par kg de bois brûlé.   A titre d’exemple, un poêle de masse dimensionné pour chauffer 80 m2 très bien  isolés (4 kW), avec un foyer brûlant 15 kg par flambée, consommera 225 m3 d’air pour la flambée soit +/-  150 m3 / heure.   Quand on dit « bien isolé », on suppose une étanchéité à l’air correcte.
  • Ce volume chauffé de 80 m2, hauteur sous plafond standard est de 200 m3. Donc pendant la flambée, l’équivalent de la totalité de l’air de la pièce aura été consommé par le poêle.
  • Des données existent sur le rythme de renouvellement d’air « standard » dans le bâti, notamment le renouvellement d’air requis dans un espace habité (pour la santé et le confort des occupants).  Le renouvellement est de l’ordre de 50 % du volume d’air par heure.    C’est à peu près également ce taux de renouvellement qui est pris en compte pour le calcul des déperditions thermiques de l’habitat.  Pour reprendre l’exemple précédent, on voit que la consommation d’air par le poêle (150 m3 /h) est supérieur au taux de renouvellement d’air requis pour ce volume (100 m3/h).   Ces chiffres visent essentiellement à attirer l’attention sur un point : la consommation d’air par le poêle est importante en regard du niveau d’étanchéité  visé par le bâti contemporain.

En complément aux chiffres cités ci-dessous, de plus en plus souvent, les maisons sont équipées  de VMC ( simple flux, simple flux hygroréglable, double flux, hotte d’aspiration,…) qui sont de nature à perturber les appareils bois fonctionnant par tirage naturel avec un risque réel de disfonctionnement.

C’est ce contexte (amélioration de l’étanchéité et dispositifs de ventilation) qui a conduit à l’apparition  d’une réglementation concernant le renouvellement d’air pour les pièces chauffées par un appareil bois et au développement de systèmes dits « étanches » où l’amenée d’air comburant est réalisé depuis l’extérieur, sans transiter par le local habité.

Quelles sont les contraintes réglementaires à retenir pour l’installation d’un poêle à bois ?  

Les deux textes essentiels qui traitent du sujet :

  • L’arrêté du 23 février 2009  relatif à la prévention des intoxications par le monoxyde de carbone dans les locaux à usage d’habitation 
  • Le RSDT

Ces deux textes sont plus contraignants qu’une norme ou un DTU : leur application est obligatoire pout tout professionnel.

Si on résume ces textes à nos installations (poêle à bois et cuisinières) :

Dans le cas où l’air de combustion est prélevé dans l’habitat (installation non étanche), le local doit être muni d’une amenée d’air de la section suivante :

La puissance de l’appareil est celle de la plaque signalétique pour un poêle classique. En toute rigueur pour nous qui installons des poêles de masse, on peut penser que c’est la puissance de combustion,  qui est à retenir. Dans l’exemple de notre poêle de masse de 4 kw (puissance de chauffe),  qui brûle 10 kg/h, la puissance de  combustion est de 32 kw. L’amenée d’air devrait donc être de 70 cm2.

Le RSDT précise  que cette amenée d’air neuf ne peut pas être condamnable.

Par ailleurs, si la pièce ne dispose pas d’ouvrant (cas rare mais vu dans certains ateliers), il faut également une ventilation haute de minimum 100 cm2.

A noter que ces sections doivent être effectives. Les grilles réduisent souvent cette section de 50 %. Il faut donc dimensionner en conséquence.

Dans quelle situation l’installation étanche (amenée d’air extérieur directement  dans le foyer) s’impose ?

  • Avec une ventilation simple flux , l’installation non étanche est tolérée. Dans ce cas, on revient aux obligations de ventilation décrites ci-dessus. Toutefois le RSDT précise bien l’obligation de résultat imposée à l’installateur:
  • Avec les ventilations hygroréglables et double flux, ce ne sont plus l’arrêté CO et le RSDT qui deviennent une contrainte mais simplement les avis techniques associés à ces installations. En effet, ces dispositifs ne fonctionnent en théorie que si l’étanchéité de l’habitat et les entrées d’air sont maitrisés. Ce ne serait plus le cas si l’installateur d’un poêle réalise des entrées d’air « parasite ». Donc pour faire simple : dans ces situations, l’installation étanche s’impose.
  • A savoir : l’arrêté interdit la coexistence dans un même local d’un poêle et d’une hotte de cuisine  « dès lors que ce dispositif est susceptible de provoquer une dépression suffisante pour entraîner une inversion de tirage du conduit ».

Préconisations

Une fois posées les obligations réglementaires, reste un dernier sujet à traiter. D’un point de vue technique, dans une maison traditionnelle,  l’installation étanche est-elle plus performante qu’une installation classique?

Force est de constater le peu de données sur ce sujet : un poêle très bien installé fonctionnera très bien dans les deux configurations.   On ne peut donc pour une installation dans un bâti ancien  faire de préconisations précises, sauf  bien sûr de respecter la réglementation en vigueur. Se poser toutefois la question du niveau d’étanchéité et du devenir de cet habitat (restera t’il toujours « ancien »). En cas de doute, préférer l’installation étanche.

Le choix sera également guidé par une recherche de confort maximum pour les occupants. Dans le cas de l’installation non étanche, une grille d’air extérieur ouverte en permanence est source d’inconfort.

Les disfonctionnements que certains attribuent aux installations étanches sont le plus souvent liés à un défaut d’installation : en effet, une installation étanche est plus contraignante car il faut veiller à la section d’amenée d’air, les pertes de charge (longueur du conduit et nombre de coudes), la qualité des grilles et leur  position/orientation, la condensation sur un tube apparent non isolé,…

Bien réalisée, l’installation étanche pourra au contraire prévenir nombre de disfonctionnements, biens réels, rencontrés avec des appareils non étanches installés  dans un environnement inadapté : maison neuve et étanche, hotte de cuisine,…   On ne peut donc que recommander cette solution.  Cerise sur le gâteau : tous les clients sont heureux quand on peut leur éviter de ventiler en parmanence leur salon… pour alimenter un poêle qui fonctionnera une ou deux heures par jour.

Catégories : Normes

Pascal Pierret

Artisan Poêlier